Coopération RDC–Russie : symbole d’une Afrique qui n’est plus un champ de bataille, mais un acteur stratégique mondial
La coopération militaire entre la République démocratique du Congo et la Russie franchit un nouveau cap. Ce mercredi 19 novembre 2025, le vice-premier ministre et ministre de la Défense, Me Guy Kabombo Muadiamvita, a reçu l'ambassadeur de la Fédération de Russie en RDC, S.E. Karl Tikhazé, pour un entretien décrit comme « cordial et constructif ». Au cœur des échanges : l'état d'avancement des partenariats militaires et les perspectives de renforcement d'une collaboration inscrite, selon Kinshasa, dans le strict respect des instruments internationaux ratifiés par le pays.
Le diplomate russe a profité de l'occasion pour présenter le nouvel attaché de défense accrédité à Kinshasa. Une démarche saluée par le ministre congolais, qui lui a souhaité plein succès et a réaffirmé la disponibilité de la RDC à poursuivre un dialogue technique régulier pour la modernisation et la professionnalisation des FARDC.
Un message clair : Kinshasa veut diversifier ses partenariats tout en restant maître de sa politique de défense.
Un entretien qui dépasse le cadre bilatéral
Si la rencontre s'inscrit dans le cadre habituel des relations diplomatiques, elle reflète surtout une transformation historique : l'Afrique n'est plus un simple terrain de confrontation entre puissances, mais devient un acteur multilatéral qui choisit ses alliances selon ses propres intérêts. Une rupture profonde avec les logiques de la guerre froide, lorsque le continent servait de champ d'affrontement indirect entre Washington et Moscou.
Aujourd'hui, l'Afrique — du Sahel à la région des Grands Lacs — refuse de se laisser enfermer dans les rivalités géopolitiques extérieures. Les États multiplient les partenariats, privilégient les alliances opportunes et recherchent une souveraineté réelle dans la définition de leurs priorités stratégiques.
Un continent qui assume son rôle
Cette diplomatie d'équilibre, que la RDC illustre à travers ses multiples partenariats militaires (États-Unis, Chine, France, Russie, Turquie…), témoigne d'une évolution majeure : les capitales africaines ne se positionnent plus comme spectatrices des rapports de force mondiaux, mais comme protagonistes en quête d'efficacité, de sécurité et de développement.
Dans ce mouvement, le domaine de la défense occupe une place centrale. La montée en puissance des armées africaines, les réformes de sécurité intérieure et les nouvelles stratégies régionales montrent un continent qui entend enfin peser dans son propre destin.
Un changement encore mal perçu en Occident
Pourtant, cette mutation demeure sous-estimée dans plusieurs capitales occidentales, où l'on continue de lire les réalignements africains à travers des schémas hérités du passé. Une erreur d'analyse majeure : l'Afrique ne souhaite plus être instrumentalisée, mais choisit, sans complexe, des partenaires selon ses besoins, ses ambitions et sa vision souveraine.
La rencontre Kabombo–Tikhazé n'est donc pas seulement un épisode diplomatique : elle est le reflet d'une Afrique nouvelle, consciente de son poids stratégique, jalouse de son autonomie et déterminée à devenir un acteur incontournable dans la recomposition de l'ordre mondial.
Marco Baratto
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