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RDC–Visa : un partenariat stratégique audacieux vers une souveraineté monétaire et financière authentiquement congolaise


Le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo, M. André Wameso, a reçu le jeudi 20 novembre 2025 Mme Aminata Kane, Senior Vice-Présidente de Visa pour l'Afrique Centrale et de l'Ouest. Mais au-delà de la simple rencontre institutionnelle, c'est une véritable inflexion historique qui s'est jouée ce jour-là : celle d'une RDC affirmant sans ambiguïté son ambition de construire une souveraineté monétaire et financière réelle, en mobilisant des partenariats internationaux au service d'une vision nationale.

Au nom de M. Oliver Jenkyn, Président de Visa, Mme Kane a remis au Gouverneur une lettre de remerciement faisant suite à leur entretien en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque Mondiale organisées en octobre dernier. Ce courrier s'accompagnait d'une confirmation explicite de l'engagement de Visa à renforcer son partenariat stratégique avec la Banque Centrale du Congo (BCC). En apparence, il s'agit d'un échange diplomatique habituel dans le monde financier globalisé. Mais dans le fond, il révèle un basculement majeur : la RDC n'est plus seulement un marché de consommation pour les solutions de paiement internationales, mais un acteur déterminé à bâtir ses propres standards, ses propres plateformes et son propre avenir financier.

Ce partenariat s'organise autour de trois axes progressistes et structurants, qui s'inscrivent dans une vision d'indépendance monétaire et de modernisation technologique maîtrisée.

1. La création du Centre d'Innovation Financière de la BCC (CIF-BCC)

Ce premier volet est le cœur battant de l'ambition congolaise. Le CIF-BCC ne sera pas une simple vitrine numérisée, mais un véritable laboratoire souverain où seront conçues et testées les technologies de paiement et de régulation financière adaptées au contexte congolais et africain.
Il est destiné à positionner la RDC comme hub technologique et réglementaire francophone dans les paiements numériques, les infrastructures financières de marché et les innovations FinTech.

L'objectif n'est pas de suivre les modèles importés, mais de définir des standards africains pour l'Afrique, sous leadership congolais. Dans un monde où les infrastructures financières sont souvent dominées par des logiques occidentales ou asiatiques — parfois imposées et rarement discutées — ce centre représente un acte de souveraineté intellectuelle et stratégique.
Il place la RDC non plus dans la dépendance technologique, mais dans la capacité de produire des solutions, de générer de la propriété intellectuelle et de négocier à égalité avec les autres puissances numériques.

2. L'appui à l'inclusion financière au sein des universités et de la fonction publique

Sur le terrain, la souveraineté financière ne se décrète pas, elle se construit dans la pratique quotidienne de la population et des institutions.
Ce deuxième axe vise justement à ancrer profondément la modernisation financière à travers deux piliers de la vie nationale : la jeunesse universitaire — moteur de l'avenir — et l'administration publique — bras exécutif de l'État.

Grâce à ce programme, les paiements modernisés et sécurisés deviendront progressivement la norme dans les transactions publiques, dans la gestion salariale, dans les services administratifs, mais aussi dans la vie économique de la jeunesse étudiante. L'inclusion financière n'est pas seulement une question d'accès aux services bancaires, mais une démarche de démocratisation du pouvoir économique.

Chaque fonctionnaire payé électroniquement, chaque étudiant qui maîtrise les outils de paiement digitaux, chaque citoyen qui évolue dans un système financier stable et moderne renforce la souveraineté du pays.
Ce point est crucial : la dépendance monétaire est souvent entretenue par l'exclusion financière.
Un peuple qui compte sur des systèmes informels dépend toujours des sphères extérieures qui contrôlent les flux de grande échelle.
Au contraire, une population connectée à son propre système financier devient acteur et gardien de sa monnaie, de ses échanges et de sa valeur.

3. Le soutien aux investissements dans les FinTech congolaises

Le troisième pilier est celui du futur économique et technologique national.
En soutenant les entreprises congolaises développant des solutions digitales au service de l'inclusion financière, la BCC et Visa favorisent l'émergence de champions nationaux dans un secteur clé du XXIe siècle.

Il ne s'agit pas d'importer des systèmes bancaires étrangers déguisés sous une interface locale — mais bien d'encourager des innovations nées au Congo, pensées pour le Congo, et susceptibles de rayonner au-delà du Congo.
Dans un monde où de nombreuses grandes puissances traitent encore l'Afrique comme un terrain d'expansion plutôt que comme un partenaire d'innovation, cette approche constitue un geste fondateur : la RDC n'attend plus que les technologies arrivent de l'extérieur, elle entend désormais les produire et les exporter.


Enfin, les deux parties ont convenu de mettre en place des équipes techniques conjointes afin de finaliser une feuille de route opérationnelle dans les prochains jours. Ce mécanisme bilatéral témoigne d'une volonté réelle de passer du discours à l'action, de poser des jalons concrets, d'obtenir des résultats mesurables.

Ce que beaucoup dans les cercles financiers occidentaux feignent de ne pas voir — ou préfèrent ignorer — est que ce partenariat s'inscrit dans un mouvement plus large d'émancipation économique africaine. La RDC affirme sa capacité à façonner son avenir monétaire, à sécuriser ses échanges, à moderniser son système financier et à affirmer son identité numérique.

C'est une révolution silencieuse — pacifique, technologique, institutionnelle — mais dont la portée pourrait être immense pour le pays, pour la région, et pour la recomposition de l'équilibre financier mondial.

Marco Baratto

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