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Vers une souveraineté monétaire africaine : quand le climat et l’économie ouvrent la voie à une monnaie unique du continent


Le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo, M. André Wameso, a participé, ce jeudi 27 novembre 2025, au Symposium des Gouverneurs, organisé en marge de la 47e réunion annuelle de l'Association des Banques Centrales Africaines (ABCA). Cette importante rencontre continentale, qui se déroule du 23 au 28 novembre 2025, est accueillie cette année à Yaoundé, au Cameroun, par la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC). Le thème choisi — « Changement climatique et stabilité macroéconomique : Rôle des banques centrales » — reflète l'orientation nouvelle et stratégique des institutions monétaires africaines : penser l'économie non plus abstraitement, mais dans son interaction directe avec les réalités climatiques, environnementales et humaines du continent.

Ce symposium n'a pas été une simple rencontre protocolaire. Il a été le théâtre d'échanges denses, lucides et ambitieux entre les gouverneurs des banques centrales africaines, dont le rôle dépasse aujourd'hui la régulation financière classique. Ils sont, de plus en plus, des architectes d'un futur économique autonome pour l'Afrique.

Pour rappel, la Banque Centrale du Congo (BCC) est membre de l'ABCA depuis sa fondation en 1965 à Addis-Abeba. Depuis cette date, l'Association œuvre à renforcer la coopération monétaire, bancaire et financière entre les nations africaines, notamment à travers le Programme de Coopération Monétaire Africain (PCMA). Celui-ci poursuit trois objectifs majeurs : (i) la création d'une monnaie unique africaine ; (ii) l'établissement d'une Banque Centrale Africaine ; et (iii) la mise en place d'un Fonds Monétaire Africain.

Ces ambitions ne sont pas seulement techniques ou administratives — elles sont profondément politiques, civilisationnelles et stratégiques. Elles visent à affranchir le continent de dépendances monétaires héritées de l'ère coloniale et de l'architecture financière mondiale dominée par le dollar américain et l'euro, ainsi que par des instruments comme le franc CFA, dont la souveraineté est encore liée au Trésor public français. Aujourd'hui, l'Afrique aspire à se libérer de ces tutelles implicites et à se doter d'une monnaie qui reflète véritablement sa puissance économique collective.

Au cœur de la rencontre de Yaoundé, la question climatique a été posée non comme un élément isolé, mais comme un facteur déterminant de stabilité économique. Le changement climatique frappe sévèrement l'Afrique : sécheresses persistantes, inondations destructrices, insécurité alimentaire, pressions migratoires internes. Ces défis exigent une réponse coordonnée et intégrée — et cela passe par la capacité des États africains à mobiliser leurs propres leviers monétaires et financiers.

M. André Wameso, représentant la République démocratique du Congo, pays dont la forêt équatoriale constitue un des poumons climatiques de la planète, a insisté sur la nécessité d'une vision panafricaine. La RDC, détentrice de vastes réserves de ressources naturelles — du cobalt au cuivre, du coltan au potentiel hydroélectrique — est un acteur central de l'économie verte mondiale. Pourtant, comme beaucoup de pays africains, elle demeure vulnérable aux fluctuations du dollar et des marchés internationaux.

C'est précisément cette vulnérabilité que le projet de monnaie unique africaine vise à atténuer. Une monnaie commune — parfois évoquée sous le nom d'« Afro » — permettrait de faciliter les échanges intra-africains, de réduire la dépendance à des devises étrangères, de stabiliser les balances de paiements et de renforcer le poids géopolitique du continent. Elle pourrait également constituer un rempart contre les fluctuations brutales des monnaies occidentales et permettre aux économies africaines de mieux amortir les chocs climatiques et de financer des programmes de résilience écologique.

Les discussions au sein de l'ABCA ont souligné que cette intégration monétaire ne doit pas être seulement un projet technocratique mais un véritable mouvement politique continental, porté par les gouvernements, les banques centrales, les entrepreneurs africains et les populations elles-mêmes. Une monnaie unique exigerait des mécanismes de convergence macroéconomique, d'harmonisation fiscale, et surtout une confiance mutuelle entre États membres. Mais ce qui paraissait utopique il y a cinquante ans est aujourd'hui perçu comme possible, voire nécessaire.

L'exemple de l'Union européenne, avec l'euro, montre qu'une union monétaire peut renforcer l'intégration économique et politique. Cependant, contrairement à l'Europe, l'Afrique dispose d'un fort potentiel démographique, de ressources naturelles abondantes et d'un besoin croissant de structurer son développement sur des bases endogènes. Une monnaie unique africaine, administrée par une Banque Centrale Africaine indépendante et soutenue par un Fonds Monétaire Africain, représenterait un tournant majeur vers cette souveraineté retrouvée.

En marge du symposium, plusieurs experts ont exprimé l'espoir que cette initiative puisse progressivement marginaliser l'usage du dollar dans les transactions africaines et, pour les pays francophones, mener à une sortie ordonnée et confiante du système du franc CFA. Une monnaie panafricaine pourrait devenir l'un des instruments essentiels d'un XXIᵉ siècle africain, où le continent prendrait sa place non comme périphérie économique mais comme centre dynamique du monde multipolaire émergent.

Le Symposium de Yaoundé, consacré au climat et à la stabilité macroéconomique, aura ainsi été bien plus qu'un rendez-vous technique : il aura été un espace de projection historique. Les gouverneurs y auront esquissé — avec lucidité et ambition — les contours d'une Afrique financièrement souveraine, solidairement unie et résolument ouverte à son propre avenir.

Marco Baratto

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